Pierre Michel, dit « Roro Kaliko » a à son actif plusieurs CD et une belle carrière de musicien.
Après avoir expérimenté de manière autodidacte la guitare et l’harmonica, il intégra le monde du spectacle. D’abord danseur, il devint musicien au sein du ballet « Flamboyant » du Lorrain. Cette aventure dura six ans. Ses compositions d’inspirations traditionnelles n’ont pas tardé à attirer les attentions, car il était très jeune à l’époque.
Afin de gagner un concours d’orchestres, il n’hésita point d’emprunter l’accordéon de son père, lui-même musicien. C’était tout à fait extraordinaire car il a touché à cet instrument uniquement dans le but d’impressionner le jury. La mazurka qu’il interpréta ce soir-là, permit au groupe de remporter le 1er Prix, sous le regard subjugué de ses amis musiciens.
Depuis, il a fait de l’accordéon, son instrument majeur, qui plus est, un accordéon diatonique (pas facile à manœuvrer).
Devant une telle ascension, en 1983, Marcé, artiste de renom et leader du groupe Toumpack, sollicita sa participation.
Il contribua donc aux nombreux succès tels : La Cizo, Ma Cousine, Zouk Chouv’, Grenn l’Anmou et tout récemment Matadô ; succès qui résonnent encore dans nos têtes.
Le groupe 3ème Dimension fut une alternative à toutes ses prestations en sillonnant la Martinique, car il n’avait jamais cessé la pratique de la guitare.
On peut le qualifier de musicien polyvalent (ti bwa-chacha-accordéon-harmonica-guitare et chant).
De nombreuses pointures, à savoir : Dédé St Prix, Eugène Mona, Max Ransay, Claude Germany, Guy Vadeleux, Edgar Septua, José Versol, Georges Fordant, Laurent Voulzy, ont fait appel à lui.
Voyage autour du monde avec le talentueux Kali, sous les feux de la rampe à l’Olympia de Paris aux côtés de la diva Gertrude Seinnin, on l’aperçoit sur toutes les images, coiffé de son casque de commandeur assorti à ses vêtements blancs.
En 1997, il fut lauréat du 1er concours national de l’accordéon A.C.F. dans la catégorie « musique traditionnelle ».
Toujours en 1997, il concrétise son rêve en réalisant l’album « KALIKO », avec la complicité de son ami Alain VANDESTOC. Cet album, produit par Zikak prod. de Guy Cayol, n’a pas échappé aux succès dont deux prix.
SACEM : prix de la Meilleure œuvre Instrumentale (fèye bamboo)
Prix du Patrimoine Martiniquais (Kaliko)
Môhyok, Diridoo, Germany’s wood horses, Madjaka, valorisent la musique traditionnelle.
Le titre « Lan mayée » est une valse composée par ses enfants, tandis que le titre « Ba lili( hélé an mwé) » rend hommage à son père, son premier supporter, disparu depuis.
A la demande de nombreux agents artistiques, il se décide à former le groupe RORO KALIKO, nom émanent du titre ayant fait exploser l’album.Fin d’année 2006, Roro nous a offert un autre produit de toute beauté, un super album « Roucoulaj ». Des artistes tels : Alain Vandestock, Fernand Marlu, Marcé, Kali, Eric Séguin-Cadiche, José Zebina, Patrick St-Elie, Claude Césaire …ont participé à cet opus, coproduit par Roro et José Versol
L’album, lors des trophées SACEM 2007, a encore été couronné de succès :
Prix de la Musique Traditionnelle de l’année (Bel Cadrill)
Les compositions comme Manman dlo, Roucoulaj, La Madeleine, Décision, ou Zatrap, mettent une fois de plus en valeur, les musiques de notre pays.
On peut dire que Roro a révolutionné la manière de toucher à l’accordéon, et c’est ainsi qu’il continue à enchanter le public en se produisant dans toutes les manifestations populaires.
Adepte de la liesse totale, il anime les fêtes patronales, Festivals, déjeuners-dansants, mariages, hôtels-restaurants, cocktails, soirées privées et autres.
En savoir plus
Portrait de l’artiste (Source : Martinique La Première)
Agé de 72 ans, Ernest Breleur est « né à la campagne » comme il dit, près de la commune de Rivière-Salée en Martinique. Son père était agriculteur et sa mère institutrice. Après des études de comptabilité, sur l’insistance de ses parents qui voulaient qu’il ait « un métier », Ernest Breleur entreprend des études d’arts appliqués. Avec succès. Il commence d’abord par peindre, et crée le groupe artistique Fwomagé en Martinique. Mais en 1992, il réalise ses dernières toiles et arrête la peinture.
Ernest Breleur, est aujourd’hui une figure majeure de l’art contemporain dans la Caraïbe et à l’internationale. Peintre prolifique et très engagé, il sera à l’origine de la création du groupe Fwomajé, qui marquera le champ de l’histoire de l’art en Martinique. Après l’écriture d’un manifeste de rupture en 1989 avec ce dernier, Ernest B. va inlassablement interroger la peinture en questionnant l’espace avec une certaine frénésie.
Au nombre de ces œuvres on retiendra la réalisation de la fresque murale de la place Stéphen
Place Capitaine Pierre Rose – Rivière-Salée (Martinique)
PIERRE-ROSE, inaugurée en 2007 par la ville.
Fresque qui met en valeur les anciens et l’actuel maire de la ville.
Née à la Martinique en 1956, Euzhan Palcy passe son enfance au Gros-Morne.
Elle s’initie au cinéma à la salle paroissiale du village, puis à Fort-de-France.
Elle a une douzaine d’années quand, en 1968, elle assiste au village à une projection d’Orfeu Negro.
Le film de Marcel Camus (1958) est pour elle un choc déterminant : voir sur un écran des Noirs qui s’aiment et s’embrassent comme des Blancs est une révélation.
Elle découvre aussi l’ouvrage de Joseph Zobel, La Rue Cases-Nègres, que lui offre sa mère que ce livre touchait aux larmes.
Dès l’adolescence, alors qu’elle caresse déjà le rêve de devenir réalisatrice, elle songe à adapter son livre de chevet.
À dix neuf ans, elle anime une émission de poésie dans une télévision locale et sort un disque de chansons enfantines (elle est soprano colorature).
En 1974, elle écrit et réalise un téléfilm avec son frère Joël : la diffusion de La Messagère à la télévision antillaise est un succès. Ce titre représente Euzhan Palcy de manière emblématique, elle qui conçoit le cinéma comme une mission, sans militantisme, mais avec le besoin viscéral de dénoncer les injustices.
Sa grande volonté calme où couve la révolte ainsi que sa fine beauté évoquent un autre messager charismatique de la cause noire, le chanteur jamaïcain de reggae rastafari Bob Marley.
Encouragée par son père, elle poursuit à Paris des études de théâtre, de littérature, puis de cinéma à l’École nationale supérieure Louis-Lumière. Après avoir été assistante, elle réalise en 1982 un court métrage pour France 3, L’Atelier du diable, un conte où un enfant s’aventure dans la mystérieuse maison d’un vieux « sorcier » qui vit reclus avec son coq de combat.
Genèse du film “La Rue Cases-Nègres”
Peu après, elle rencontre François Truffaut qui la parraine. Puis arrivent deux jeunes producteurs, Michel Loulergue et Jean-Luc Ormières et surtout le producteur et distributeur Claude Nedjar (Lacombe Lucien de Louis Malle, La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud, etc.) et la société de Louis Malle (la Nef).
Euzhan Palcy obtient pour le scénario adapté de La Rue Cases-Nègres, à l’unanimité du jury, l’avance sur recettes du Centre National de la Cinématographie.
Néanmoins, le montage financier est difficile.
Le projet séduit parce qu’on y voit un petit Français pauvre, Antillais et noir qui s’élève par sa persévérance et grâce à l’éducation dispensée par l’école républicaine. Mais le projet gêne car il rappelle que la République française a été esclavagiste, colonialiste, et que les Antillais en sont la mémoire vivante, les témoins et les victimes.
La crainte de certains bailleurs de fonds est que le film provoque un sentiment de culpabilité de la part de ceux qui ne connaissent pas ou ne veulent pas connaître l’histoire de France.
L’autre crainte des financiers du cinéma est qu’un tel film ne soit communautariste.
Mais derrière cet argument « à l’envers », la véritable interrogation est : en quoi cette histoire de « nègres » va-t-elle intéresser les Blancs, et plus particulièrement les enfants blancs ? (Michel Ocelot, préparant Kirikou, se heurtera au même argument).
La réponse est pourtant simple : deux des attitudes les mieux partagées au monde sont d’une part la haine des autres et de la différence, d’autre part la curiosité, la fascination, le désir pour l’altérité.
Souvent, derrière la différence réelle entre cultures et couleurs de peau, on découvre que nos ressemblances nous unissent autant que nos différences nous attirent.
Le film (dont le budget s’est élevé à environ 3,5 millions de francs, soit environ 500 000 euros) remporte quatre récompenses à la Mostra de Venise, dont le Lion d’Argent et le Prix d’Interprétation pour Darling Légitimus.
L’année suivante (1984), il remporte le César de la meilleure première œuvre.
Rue CasesNègres remporte ainsi plus de dix-sept prix internationaux et obtient un succès public international.
À sa sortie, le film resta quarante semaines en exploitation à Paris où il fit 360 000 entrées.
Après le beau temps
La même année, Robert Redford offre à Euzhan Palcy de participer aux Ateliers de mise en scène de son festival du film indépendant de Sundance.
Tout semble sourire à Euzhan Palcy, aux États-Unis en tout cas, car en France elle n’obtient pas la confiance de producteurs pour monter un nouveau projet, peut-être parce qu’en traitant d’un sujet qui évoque l’esclavage et le colonialisme, elle avait touché un tabou implicite.
Elle y est passée une fois à travers, avec Rues Cases-Nègres, sujet suffisamment fédérateur, mais sur d’autres projets, n’y a-t-il pas eu une réticence qui ne disait pas son nom ?
Une Saison blanche et sèche
C’est donc aux États-Unis que, cinq ans plus tard, elle réalise Une Saison blanche et sèche, d’après le roman d’André Brink sur l’apartheid.
Elle devient, par la même occasion, la première réalisatrice noire produite par un studio d’Hollywood.
Euzhan Palcy convainc Donald Sutherland, Susan Sarandon et Marlon Brando d’être de l’aventure.
Elle va disposer d’un budget de 20 millions de dollars, soit quarante fois supérieur à celui de Rue Cases-Nègres ! Une Saison Blanche et sèche est un plaidoyer contre l’apartheid en Afrique du Sud. Quand elle prépare le film au Zimbabwe, cette ségrégation sévit encore et Nelson Mandela, futur président, est dans les geôles du pouvoir blanc depuis près de vingt-cinq ans.
Cette violence, on la retrouve dans son film.
On y voit des policiers blancs torturer des Africains et tuer des enfants, parce qu’ils en ont le droit légal et que le système à la fois les protège et les incite à le faire (avec l’argument suprême de dénier le droit de l’autre : « Qu’est-ce que tu crois qu’ils nous feraient, « eux », s’ils en avaient le pouvoir ? »).
Mais on retrouve aussi dans ce film l’idée de transmission et d’éducation morale qui étaient au cœur de Rue Cases-Nègres.
Sutherland interprète un Afrikaner qui, après l’assassinat par la police de son jardinier et du fils de celui-ci, prend conscience et se met en mouvement pour obtenir justice.
Il est bientôt rejeté par la communauté blanche, par sa femme et sa fille.
Mais son fils est de son côté, car Sutherland a su lui transmettre que la qualité première de la vie est de vivre selon une morale d’universalité de l’être humain (alors que sa femme et sa fille refusent cette vérité pour profiter des avantages de la communauté blanche).
Après Hollywood
Elle revient en France en 1992 avec un scénario original pour Siméon, son troisième long métrage, un conte musical fantastique qui se déroule en Guadeloupe et à Paris.
Un jeune musicien guidé par un esprit décide d’aller en métropole pour faire carrière.
De 1994 à 1995, elle réalise un long documentaire, Aimé Césaire, une voix pour l’Histoire, sur le célèbre poète, dramaturge et homme politique, qui a élaboré le concept de « négritude », et dont l’œuvre a eu une influence décisive sur la formation d’Euzhan Palcy.
Depuis, Euzhan Palcy vit entre Paris et Los Angeles.
En janvier 1999, la presse américaine honore son film Ruby Bridges diffusé sur la chaîne ABC où il est présenté par le Président Bill Clinton.
https://www.youtube.com/watch?v=o8ekb4ELT34
Cette œuvre relate la bataille d’une enfant de cinq ans pour mettre à bas les barrières de la discrimination raciale dans les années 1960.
Quelques mois plus tard, elle écrit pour la 20th Century Fox un long métrage d’animation, et en 2001 réalise pour la Paramount et Showtime Pictures The Killing Yard, avec Alan Alda et Morris Chestnut : un drame inédit sur la mutinerie de la prison d’Attica, dans l’État de New York en 1997, dont la répression fit des dizaines de morts parmi les prisonniers.
En 1995, François Mitterrand nomme Euzhan Palcy Chevalier de l’Ordre national du Mérite.
En 2000, elle est honorée par la Martinique qui donne son nom à un collège.
En 2004, Jacques Chirac lui décerne la Légion d’honneur.
En 2005, elle réalise Parcours de dissidents, un film documentaire pour France 5, qui lève le voile sur un pan de l’Histoire jusque-là occulté : l’importante contribution de jeunes Antillais à la défense de la France durant la Seconde Guerre mondiale.
Les « Mariés » et après
En 2006, elle tourne un téléfilm à la Réunion pour France 3, Les Mariés de l’Isle Bourbon.
Cette intrigue politique et sentimentale fait revivre les conditions de l’installation des colons français dans l’île Bourbon, qui sera rebaptisée en 1793 la Réunion.
Les mariages des colons (parmi lesquels des condamnés et des prostituées) avec les anciens esclaves venus de Madagascar sont à l’origine du métissage actuel. Euzhan Palcy a dans ses cartons un projet de film sur l’illettrisme (en écho à Rue Cases-Nègres), Midnight’s Lastride avec Sam Shepard et Ellen Burstyn, ainsi qu’un scénario d’après la biographie de la première aviatrice noire américaine, Bessie Coleman et, dans un autre registre, Filet Mignon, comédie de mœurs multiraciale.
Enfin, un projet de film lui tient particulièrement à cœur sur la vie de Toussaint Louverture (1743-1803).
Personne en France n’a voulu le produire. Mais, avec les événements tragiques qui ont eu lieu en Haïti où 300 000 personnes ont péri ensevelies dans un tremblement de terre (12 janvier 2010), la mémoire de cette île, jadis la plus riche des colonies françaises, ressurgit du fond du déni et de l’oubli.
Laissons la parole à Euzhan Palcy : « Haïti a été la première nation nègre avec un personnage légendaire, Toussaint Louverture, que Napoléon a puni pour avoir aboli l’esclavage et éduqué le peuple haïtien. Il l’a arrêté par traîtrise et l’a déporté dans la prison la plus froide d’Europe, au Fort de Joux et l’a laissé mourir de maladie. On ne parle jamais de ces choses là. Il ne faut pas non plus dire aux Français que Toussaint Louverture et son armée ont écrasé l’armada française : huit vaisseaux et les 40 000 meilleurs soldats de Napoléon. Et il ne faut surtout pas parler de cette fameuse “dette haïtienne” (environ 21 milliards d’euros). On pourrait croire que la France a prêté de l’argent à Haïti et qu’elle le lui rembourse. Ce n’est pas le cas : elle correspond aux deux louis d’or réclamés par tête d’esclave perdu par la France lorsque Haïti a arraché son indépendance. »
Euzhan Palcy, on le voit, conserve une belle capacité d’indignation, ce signe d’une éternelle jeunesse de l’humanité.
Euzhan Palcy est assurément jeune.